Au XIIIe siècle, lors de l’invasion des civilisations sédentaires par les gengiskhanides, les Européens rebaptisent les Mongols «Tartares», pour les assimiler à des démons issus de l’abîme infernal (Tartaros). Autour de cette population démoniaque se construit toute une mythologie qui en fait les descendants de Gog e Magog, les peuples de l’Apocalypse enfermés par Alexandre le Grand derrière la porte de fer du Caucase. L’image de la frontière est donc employée pour reléguer en dehors du monde civilisé le nomade, en tant que barbare porteur d’altérité. Entre XIXe et XXe siècle, de nombreux écrivains européens utilisent l’image des Tartares pour mener, sous le voile du mythe, une réflexion sur l’histoire de leur époque. Notre propos est d’analyser, dans cet article, quelques textes où le thème de la destruction des frontières par les gengiskhanides est abordé. L’analyse textuelle comparée montre qu’entre XIXe et XXe siècle on passe d’une vision négative de l’image de la destruction des frontières à une vision plus positive. Si Vladimir Sergeevič Solov’ëv (Панмонголизм, 1894) et Giovanni Pascoli (Gog e Magog, 1895) tremblent face à l’idée de la démolition par les Mongols des frontières et dépeignent l’Orient et l’Occident comme deux réalités antithétiques qui doivent rester séparées, Hans Baumann (Steppensöhne, 1954) et Henry Bauchau (Gengis Khan, 1954-1955) souhaitent arriver à une synthèse entre l’Est et l’Ouest, entre le nomade et le sédentaire. Au moment où l’Europe a été ébranlée par les deux guerres mondiales et que sa suprématie est remise en question, notamment par le processus de décolonisation, les intellectuels occidentaux s’aperçoivent qu’il n’est plus possible d’encadrer les thèmes de la barbarie et de la frontière dans les schémas classiques.
Les Tartares et la destruction des frontières: variations sur le thème dans la littérature européenne du XXe siècle / De Bonis Benedetta. - In: RELAIS. - ISSN 2336-0410. - 2:(2014), pp. 97-107. [10.34874/PRSM.relais-vol2iss2.348]
Les Tartares et la destruction des frontières: variations sur le thème dans la littérature européenne du XXe siècle
De Bonis Benedetta
2014
Abstract
Au XIIIe siècle, lors de l’invasion des civilisations sédentaires par les gengiskhanides, les Européens rebaptisent les Mongols «Tartares», pour les assimiler à des démons issus de l’abîme infernal (Tartaros). Autour de cette population démoniaque se construit toute une mythologie qui en fait les descendants de Gog e Magog, les peuples de l’Apocalypse enfermés par Alexandre le Grand derrière la porte de fer du Caucase. L’image de la frontière est donc employée pour reléguer en dehors du monde civilisé le nomade, en tant que barbare porteur d’altérité. Entre XIXe et XXe siècle, de nombreux écrivains européens utilisent l’image des Tartares pour mener, sous le voile du mythe, une réflexion sur l’histoire de leur époque. Notre propos est d’analyser, dans cet article, quelques textes où le thème de la destruction des frontières par les gengiskhanides est abordé. L’analyse textuelle comparée montre qu’entre XIXe et XXe siècle on passe d’une vision négative de l’image de la destruction des frontières à une vision plus positive. Si Vladimir Sergeevič Solov’ëv (Панмонголизм, 1894) et Giovanni Pascoli (Gog e Magog, 1895) tremblent face à l’idée de la démolition par les Mongols des frontières et dépeignent l’Orient et l’Occident comme deux réalités antithétiques qui doivent rester séparées, Hans Baumann (Steppensöhne, 1954) et Henry Bauchau (Gengis Khan, 1954-1955) souhaitent arriver à une synthèse entre l’Est et l’Ouest, entre le nomade et le sédentaire. Au moment où l’Europe a été ébranlée par les deux guerres mondiales et que sa suprématie est remise en question, notamment par le processus de décolonisation, les intellectuels occidentaux s’aperçoivent qu’il n’est plus possible d’encadrer les thèmes de la barbarie et de la frontière dans les schémas classiques.| File | Dimensione | Formato | |
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